LA MISE À POIL DE BATMAN ET SUPERMAN

Moshi moshi, peuple des internets ! Vous les Indiana Jones du 7ème art, les doux excités du bocal en salles obscures. Vous qui échangez vos jean-baskets ou votre costard-cravate de la semaine contre une cape, un gros slip rouge en toile de jute et une paire de collants bleus moulants le week-end. Oui, c’est à vous que je parle. C’est avec vous que je souhaite poursuivre l’exploration des icones POP et leur “hommage – broyage – mise en purée” par les mashupeurs.

À l’image de ce que ces super gars costumés ont dans le froc, l’attente était immense lors de la sortie de Batman vs Superman. Et désormais, il est de mode de la filmer. Pur bonheur sincère de geeks ou gros show miroir déformant à l’américaine, à vous de juger :

Si vous n’avez pas l’euphorie aussi exubérante que ces gentils tarés, vous conviendrez toutefois que les super-héros nous font saliver. Pourquoi ? Comme le dit si justement Patrice Blouin à propos de son livre mashup Magie Industrielle : ” Depuis qu’Industrial Light & Magic a inventé le T-1000 dans Terminator 2 en 1991, le sol s’est véritablement ouvert sous nos pieds (…) jamais auparavant nous n’avions pu voir le contenu exact de nos rêves.”

En effet, à part le plan du superman perché dans l’espace qui a raté son lifting au botox image de synthèse, ce mashup Tribute de l’espagnole Clara Darko compile pour nous des images de rêves à la plastique si bluffante que l’on n’en voit pas les retouches. Il est loin le temps du film projeté en arrière-plan en guise de décor défilant.

Le cinéma mashup concentre les histoires de cinéma, mais il condense aussi l’Histoire du cinéma avec un grand H. Rien ne vaut un bon mashup pour se rendre compte du chemin parcouru.

Avec ce Batman Evolution, From a Caped Crusader to a Dark Knight, le mashupeur T-Bone nous a résumé 75 ans de films Batman en moins de 4 minutes. Art de la synthèse dressant un tableau général léger et lacunaire mais réjouissant. Le montage de ce mashup n’a rien de fulgurant visuellement et s’avère même très conventionnel et académique. Il n’apporterait pas un grand frisson en tant qu’œuvre dans un musée d’art contemporain. En revanche, il aurait sa place à l’université en tant que support de cours introductif à l’histoire de la mythologie Batman. Certains mashups peuvent être des outils éducationnels aussi pertinents que polis et bien élevés.

Et vous avez sans doute su apprécier l’utilisation intelligente de la musique de The Piano Guys qui réorchestrent les trois thèmes musicaux iconiques des différentes époques des films Batman. Tout d’abord, l’époque que j’appelle “bat pyjama party” avec la kitchissime série TV des années 60. Puis, l’imaginaire prend son envol quand Tim Burton fait renaître le mythe sur grand écran en 1986. Enfin, la trilogie plus frontale de Christopher Nolan qui commence en 2005.

Les fins connaisseurs de l’homme chauve-souris auront sans doute noté l’absence des deux films de Joel Schumacher. T-Bone indique expressément qu’il ne les a pas mis mais n’explique pas ce choix. Je le soupçonne d’avoir fait là une entorse à son travail objectif d’historien visuel pour avoir délibérément fait parler son petit cœur de fan mécontent. Je ne puis l’en blâmer car les Batman pour enfants de Schumacher sont aussi trop sucrés pour mon palais qui préfère le réglisse noir et pimenté au bonbon rose et pétillant. Mais si ce n’est pas votre cas, allez jeter un œil du côté du mashup “déroulé historique” de Jacob T. Swinney dont nous avions parlé dans le DMM#5 ou de celui d’ ANDY SCHNEIDER & JONATHAN BRITNELL (alias Burger Fiction) intitulé “The Evolution of Batman in Television & Film”. Si leur longueur les rendent moins percutants et synthétiques que celui de T-Bone, ils sont bien plus complets, commençant avec le premier film en noir & blanc de 1943 et faisant la part belle aux dessins animés Batman et à la rugosité nolanienne. Celui de Burger Fiction vaut le coup rien que pour la scène de la bombe et des canards en plastoque !

Ces mashups mettent en avant les progrès techniques et visuels du cinéma. C’est un peu comme si l’on regardait des tableaux d’avant et après la découverte de la perspective et des points de fuite. Le côté carton-pâte des accessoires des années 60 est risible. Et je suis sûr que les jeunes générations regardent même les Batman burtoniens des années 80 avec un brin de condescendance. Il est vrai qu’aujourd’hui, avec le recul, j’ai l’impression d’y voir des gros traits et du décor de théâtre. Pourtant, qu’est-ce que je les ai aimés quand je les ai vus enfant puis ado au cinéma ! Quand on a pas loin de la quarantaine, on pique une crise. On se dit « putain j’ai grandi avec le cinoche comme plus fidèle compagnon de route et le mashup est une porte spatio-temporelle qui, en un rien de temps, me propulse dans le passé et me ramène à mes amours de jeunesse ». Mais ne vous y trompez pas. La nostalgie qui nous empoigne n’est pas chez moi celle d’une époque mais celle de la “sensation de jeunesse”. Je n’ai jamais cru que c’était mieux avant et quand je vois ce mashup du Superman de Richard Donner sortie en 1978, je suis bien conscient de ses défauts, de son immaturité et de ses manques par rapport aux Superman d’aujourd’hui. Quand vous sortez avec une demoiselle ou un damoiseau de 20 ans alors que vous en avez presque le double, vous vous dites que ce n’est vraiment pas sérieux, que le syndrome de Peter Pan vous guette et que vous seriez mieux avec quelqu’un qui a connu le Minitel. Mais vous ne pouvez vous en empêcher car vous avez envie de goûter à nouveau à cette fontaine de jouvence.

Bon, c’est mignon tout ça mais je suis en train de me batmanschumacheriser là. Alors tournons la page du chapitre “hommage et nostalgie sucrés” pour se rouler dans la fange fielleuse. Car un autre pan du mashup est là pour brosser les icones dans le sens inverse du poil. Commençons en douceur avec les trognes déformées par le gentil italo-dingo Aldo Jones.

Les mauvaises langues diront, à juste titre, que cette fausse bande-annonce n’apporte pas grand-chose dans le fond. Mais comme l’a très justement remarqué notre maître Jedi Obi-Wan Guedjobi, le “sérieux comme un pape” du film de Zack Snyder a bien besoin d’un peu de déconnade pour nous faire avaler la pilule. Rien que pour cela, on dit merci aux mashupeurs, monsieur le réalisateur de films de tuning de Batmobile plein de thunes. Ils savent colorer d’humour vos films qui, bien que non dépourvus de qualités lyriques et visuelles, sont criants d’absence de second degré. Ainsi, vous devez à Vinza cette petite touche frenchie dans votre monde de scénarios et de biscoteaux bien huilés.

Bien sûr, ce mashup est là avant tout pour faire rire mais il est si convaincant qu’il rend plausible un réel sous-texte gay dans le film 300 de Zack Snyder. Au-delà de la potacherie, tout détournement révèle que dans chaque création, si formatée soit-elle, il y a une part qui échappe à son auteur. Superman a été conçu comme le gendre idéal de l’Amérique. Il n’était pas prévu que ses collants moulants et le fait de devoir cacher sa véritable nature à ses proches en fasse une icone gay.

Quant à Batman, il est rendu plus chaud par 50 nuances de Wayne, le mashup de Josh Meeter.

Comme nous l’avons vu, le super-héros est là pour nous faire rêver. Ah si seulement on pouvait avoir un super justicier pour tuer les méchants et nous éviter les attentats terroristes. Le super-héros est même notre moi fantasmé en super beau mec musclé, défenseur de la veuve et de l’orphelin. Mais on se lasse de tout, même de la perfection. C’est même celle dont on se fatigue le plus vite. Au bout d’un moment, la rectitude morale nous ennuie. Les studios hollywoodiens l’ont bien compris avec l’adaptation en films des super-héros Hancock et Deadpool. Nous avons besoin d’humaniser ces types volants. Aujourd’hui, nous sommes prêts à les voir dans la trivialité de leur quotidien, en train de boire et de fumer. Car nous savons grâce au pop art que la célébrité fait des ravages.

Finissons notre entreprise de désacralisation de Batman et Superman avec les détournements doublages de Psseudoless et de Michel Hazanavicius – Dominique Mézerette.

Combattre Batman, c’est du gâteau pour l’inhumain Superman. En revanche, Derrick et son bagou ravageur, c’est une autre paire de manche. Je tenais à vous montrer ce mashup Derrick contre Superman car, avec René Viénet, Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette sont les pères de tous les mashupeurs détourneurs de l’ère moderne. Toutefois, il me faut vous mettre en garde. Si l’humour potache est toujours d’actualité, vous ne comprendrez toutes les subtilités de la chose que si vous avez un minimum de connaissances sur le P.A.F. (Paysage Audiovisuel Français) du début des années 90. Cette époque bénie où Berlusconi a voulu faire main basse sur notre chère télévision pour y diffuser son immense culture de l’argent. Heureusement depuis, SpiderInternet est venu à notre secours !

Un article de Julien Lahmi

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